Voyage à St Malo et au Mont Saint Michel - 1STS2 - 2014

En ce début octobre 2014, c'est vers la cité malouine et le Mont Saint Michel que les enseignants de 1ST2S ont souhaité conduire leurs élèves de 1ST2S pour un voyage d'intégration.

Bonne humeur et enthousiasme ont rythmé le séjour.

Les cadres majestueux de ces deux sites ont été propices à l'imaginaire. Pauline MARSARC nous offre deux contes nés de ce séjour.

 

Les flâneries d’une parisienne à St Malo  

Projetée dans un univers singulier, les images se succédaient, je voyageais dans les limbes, le temps était suspendu. Au loin une silhouette svelte s’avançait, son obscur regard me fixait sans cesse. D’un geste silencieux, il me frôla de sa main. Soudain à quelque mètre de moi son sourire se troubla, son visage abstrait se retira. Le mystère se dissipa par l’incessant clapotis de la pluie sur les vitres du bus. De ses notes mouillées, la pluie bâtait la mesure, une musique ininterrompue glissait sur le plexiglas telle une symphonie de cristal. Je sortais doucement de ce songe, rêve ou cauchemar rien n’était moins sûr…  

La fatigue décuplant mon imagination, je me sentais comme l’une de ces jeunes filles au visage pâle, passive et songeuse, du 19ème siècle que l’on promenait dans une calèche vers un endroit lointain dont la représentation la distraillait un instant des cahots monotones de la route. Le paysage breton défilait, les gouttelettes coulaient sur la vitre embuée. Je ne pouvais m’empêcher de repenser à ce rêve étrange, je n’arrivais pas à me souvenir de cette mystérieuse silhouette. Un portrait d’homme certainement au regard noir et magnétique qui se cachait dans ma mémoire.  Je fus tirée de mes pensées par l’arrêt brutal du bus.

En descendant avec ma classe qui n’était pas fâchée d’arriver, la pluie ruisselait sur les toits de St Malo encore endormi. L’air chargé de sel porté par le vent frais d’octobre fouettait mon visage engourdi par le manque de sommeil évident. On pouvait apercevoir au travers du ciel nuancé, les quelques rayons du soleil couleur pastel qui tentaient de percer ce rideau cotonneux. D’un œil immortel la cité malouine observait depuis ces imposants remparts la mer tourmentée à travers l’horizon brumeux. Elle guettait l’arrivée des premiers bateaux de pêche rentrant au port, rapportant dans leurs cales un butin inouï. Ils débarquaient sur la berge d’un geste mécanique  leurs cageots abondamment remplis de poissons d’or aux nageoires d’argent. Ils portaient fièrement leur trésor. Ils étaient triomphants rapportant avec eux l’odeur du large si particulière, ce subtil parfum végétal des fonds marins prisonnier des trémails. L’eau se collait sur ma peau, mon imaginaire était bercé dans mes pensées par la caresse du vent hargneux et vagabond. Un dessin imprécis prenait forme dans mon esprit, mille autres idées se bousculaient face à cette silhouette. Je pouvais maintenant voir son ensemble de couleur sombre, son manteau vert bronze, aux parements de velours noir. Il laissait entrevoir une chemise blanche, croisée négligemment, boutonnée d’une seule attache. Son cou semblait engoncé dans une cravate nouée fermement sur le devant, plaquant les revers de la chemise. Au plus profond de moi, j’essayais, non sans mal, de redonner un visage à cette silhouette. Progressivement, je pouvais voir ses boucles souples ébouriffées. Sous un air nonchalant, l’homme s’avançait, le poing gauche fermé, les veines saillantes. Il tendit sa main droite me tendant ses mémoires, il voulait me transmettre un message, sa voix plaintive pourtant si agréable se troublait et laissait en moi une éternelle empreinte.

Soudain, mon rêve fut effacé par un pêcheur de crevettes qui me bouscula, le cou tendu par le poids du panier, son front perlé de sueur. Je conservais les quelques bribes de souvenir qui avaient persisté, je voulais absolument mettre un nom sur cette silhouette qui m’intriguait de plus en plus. Cependant, il nous fallait déjà reprendre la visite sous un temps automnal où le souffle de l’atlantique murmurait dans les enceintes ceinturées de la vieille ville et ses faubourgs. Une fois les fortifications franchies, les façades harmonieuses de granit surplombées par de hautes cheminées rythmaient le paysage urbain de la cité. En m’engouffrant peu à peu dans les ruelles sinueuses, je me laissais vagabonder dans mes pensées, vers un pays de chimère. Dans mon imagination solitaire, je cherchais sa présence, un regard, un mot pour reconstituer mon étrange rêve, à chaque pas je sentais mon souvenir se préciser, je voulais savoir qui était cet homme prisonnier et préoccupant mes pensées depuis le début de la matinée. Chaque pas niché au cœur de ce patrimoine architectural rendait mon rêve plus clair. Je flânais, m’imprégnant de l’atmosphère si attachante de ce lieu portant les échos de l’Histoire. Les maisons des riches armateurs bordaient majestueusement les remparts malgré l’incessante attaque de l’air salin.

J’investissais la ville qui conservait une séduction authentique grâce à ses grandes portes couronnées de mâchicoulis, ses successions de façades remontées pour quelques unes pierre par pierre après le drame de 1944 détruisant presque entièrement St Malo. Du bastion St-Louis au celui de St-Philippe, la vue se développait sur le rocher d’Aleth surmontée par le fort de la Cité, sur l’estuaire de la Rance, ainsi que sur Dinard. M’abandonnant dans mes pensées, je fermis les yeux écoutant les goélands et les mouettes enivrés par le vent. Je me sentais sereine sur l’une de ces somptueuses plages au sable frais et humide, l’océan murmurait, les embruns valsaient et sous cette paisible agitation je m’égarais dans ce monde onirique. Le temps se figea, et devant moi la silhouette fugitive réapparue s’imposant dans ce vaste univers d’artifice, fidèle complice du mystère, étalant son voile d’ombre. Il s’avança… Malgré la proximité, son visage restait flou et sans réponse. Seul son parfum d’encens lointain et oublié unissant une touche d’héliotrope ainsi qu’une note de gavotte troubla mon esprit. Qui était ce ? Je distinguais uniquement en arrière-plan le château austère de Combourg…

Sans prévenir, je sortis de mon rêve perturbé par l’incessant bruit des discussions stériles et des confidences qui s’émoussaient. Accablée, je repartis dans les rues étroites où le soleil épanchait ses rayons pourpres. En cherchant une perspective inattendue de St Malo, je découvris au hasard des rues une fabrique de confiseries artisanales. Grande gourmande dans l’âme, je ne pus résister à la tentation ! Devant moi s’offrait une myriade de produits locaux avec le célèbre far aux pruneaux délicieusement parfumé à la cannelle ou le fameux Kouign- amanns généreusement caramélisé. Un peu plus loin, au centre de la cité corsaire, la cathédrale St Vincent couverte de voûtes d’ogives bombées et coiffée d’une flèche ajourée attira ma curiosité. En entrant dans ce lieu saint, je découvris le chœur  éclairé par un magnifique vitrail dessinant une éclatante rose aux flammes orangées, rouges et jaunes qui était encadré par des verrières grenat et indigo. Dans le transept, les vitraux avaient des tonalités plus assourdies que dans les bas-côtés où les verrières offraient des couleurs froides. Aux abords du château accolé à la tour Quic-en-Groigne, je dénichais une crêperie au décor rustique et convivial. Fervente amatrice de la crêpe de froment au caramel beurre salé, je m’empressais de commander cette spécialité typiquement régionale. Une fois la première bouché avalée, la texture fine de la pâte ainsi que le goût  du caramel et du sel de Guérande fondant, dégoulinant encore chaud dans ma gorge dévoilaient toutes les saveurs délicates de la Bretagne.

En marchant aux alentours de l’esplanade St Vincent, je ressentis un sentiment des plus inhabituels. Ce sentiment, j’étais incapable de le décrire car au fur et à mesure que je me m’approchais de la statue se dressant face à moi, une image à la fois réaliste et fantastique de ce mystérieux personnage se dessinait. Quand je lu : « Chateaubriand » mes pensées devinrent plus claires et à ce moment précis, j’avais l’étrange impression de m’être libérée d’une lourde quête. Cette silhouette n’était autre que le célèbre et talentueux  écrivain François René de Chateaubriand au style brillant, intimement lié à cette cité malouine. Je vis enfin son visage d’une carnation jaunâtre, brunie par une légère barbe naissante et des cernes aux yeux.

Ainsi cette rencontre insolite mêlant rêve et réalité, entre un auteur à la sensibilité et à l’éloquence passionnée s’achevait ici. Déjà les rayons rougeoyants du soleil faiblissaient au-dessus de la côte d’émeraude, la journée se termina par la lente mais inexorable remontée de la mer rythmant la vie des malouins. Sur cette toile éphémère, la lune énigmatique et latente se réveillait timidement, il était temps de regagner l’auberge de jeunesse. Ce n’est qu’après le dîner que la veillée débuta dans un brouhaha assourdissant où la musique envahissait la salle. Les différents groupes défilaient affirmant leurs vitalités et exprimant leurs talents de chant, de danse ou encore d’acteur aux tenues vestimentaires excentriques ! La bonne humeur générale épousait parfaitement le thème de l’intégration, l’ambiance harmonieuse rendait cette soirée incroyable ! L’heure de rejoindre nos chambres arriva, extenuée par la veillée, mon lit m’accueillit. Entrainée dans mon imaginaire, je repassais ma journée traversant mes souvenirs. Il se trouvait là contenu dans une lumière mordorée, perdu dans les abîmes de son regard, son sourire si pur rendait ce monde un peu plus utopique. Alors d’un geste gracieux, il me salua m’insufflant un bonheur étincelant.
Je m’endormis.

Pauline MARSAC – 1ST2SB

 

 

Mémoire de Monsieur Mouton de Prés Salés

Le Mont St Michel se dégageait des vapeurs maritimes, la fraîcheur coutumière venait envelopper l’abbaye de granit solitaire habitante des sables. Sur les pelouses salées tapissées de graminées, je me réveillais. Ce matin-là, l’envie me vint de m’écarter une journée du troupeau passif et d’aller découvrir de nouveaux  paysages autres que les herbus. Tous ces ovins pensaient avancer dans ces larges étendues, alors qu’ils ne faisaient que tourner en rond. Pourtant mon ami Monsieur Mouton de Panurge m’avait déconseillé de sortir de la bêêê. Mais aujourd’hui seul contre cent, je voulais être acteur de mon avenir, oublier le passé, braver les marées insolentes, avancer sans aucune hésitation entre terre et mer. D’une volonté farouche, je m’écartais de mes amis quand la mer fut basse, franchissant les cordons de sable façonnés par le ressac des marées. Ne sachant trop où aller, j’aperçu au loin un groupe d’adolescents riant dans la baie. Toutefois je restais septique à l’idée de les rejoindre… Je faisais tout de même partie de l’élite avec mon appellation d’origine, pourquoi vouloir me mêler au commun. Moi, aristocrate de pure laine ! D’ailleurs, je savais pertinemment que ces jeunes aux allures frivoles n’avaient pas conscience de l’immensité sauvage qui les entourait. Mon rang et ma conduite pastorale ne me permettaient pas d’accorder ma confiance à tout le monde.  Après avoir réfléchi, je décidais de les suivre tout en restant à bonne distance. Je marchais enfonçant mes sabots noirs dans ce matelas de sable mou et liquide. D’un trot fringant et de mes yeux rêveurs, humant les embruns, je savourais ce moment de bonheur, de liberté sans maître pour m’intimider.

J’avançais intrépide, traversant la Sée et la Sélune, marchant sur d’innombrables bancs de coques à la coquille ovale et crénelée, enlisées dans la vase.  Devant moi, ces jeunes s’adonnaient à une curieuse activité… Par petit groupe ils s’amusaient à enfoncer leur corps chétif dans la vase thixotropique ! Ils rigolaient en voyant le sol se dérober sous leurs pieds, peut-être était-ce l’une de leurs pratiques du 21ème siècle ? Dans la bonne humeur générale, ils défiaient les dangers de la baie ! Seul un homme à l’air aguerri observait leur étrange passe temps. M’impatientant et par crainte de subir le même sort que ces jeunes innocents, je repris mon escapade rebelle contemplé par mes nobles ancêtres ayant tant attendu cette évasion effrénée. Et dans ma laine parsemée de soyeuses bouclettes, je sentais le souffle de la liberté m’attirant un peu plus vers l’archange terrassant le dragon… Comme jeté par le mysticisme des hommes, le mont St Michel s’élevait en silence dans la baie Normande défiant les siècles.  Au pied de cet harmonieux rocher de granit  à la perfection agressive, j’hésitais un long moment à l’idée de gravir les rues étroites et abruptes, encombrées d’humains manquant cruellement de poils à mon goût ! De mes naseaux je pris une longue respiration et partis au galop : « À l’assaut de l’Abbêêêy !!! » comme auraient dit mes ancêtres ! Je franchis la porte de l’Avancée, déchainé traversant la Grande rue où les étalages de marchands de souvenirs l’envahissaient. Les humains en me voyant s’écartaient précipitamment de mon chemin en hurlant, sautant, trébuchant pour la plupart, à croire qu’ils n’avaient jamais vu de mouton de race de leur vie à part dans leurs assiettes ! J’avais peur, et soudain je sentis sur mon garrot des mains moites !  En me retournant je vis un groupe d’enfants en train de s’agglutiner autour de moi ! Pris de panique, je partis à vive allure, d’un bêlement criard je grimpais à la rencontre de l’an mille, des invasions normandes, de la guerre de Cent Ans… Affolé, je me heurtais dans ce dédale de maisons anciennes et de petits jardins sauvages cernés de murets, où fleurissaient jusqu’à tard dans l’année des roses couleurs blanche et rouge, aux tiges aériennes arquées portant des aiguillons aux feuilles dentelées et formaient ainsi un espace en retrait de toute cette  animation créée par ce flux d’humains! J’empruntais les remparts pour tenter de regagner mon calme, en regardant la bêêê de la tour nord et le rocher de Tombelaine, je me sentis seul au milieu de tous ces hommes, je n’étais pas le bienvenu ici, ma place était peut être comme l’avait dit Monsieur Mouton de Panurge dans la bêêê avec mes confrères qui à cette heure là paissaient tranquillement… Je me voyais encore fanfaronner par cette aspiration à la liberté… Brusquement, une lumière intense m’aveugla quelques instants. Méfiant j’ouvris lentement mes yeux, un groupe souriant de personnes se tenait devant moi, me faisant de grands signes de la main. Ils tenaient tous entre leurs mains d’énormes et mystérieux  appareils capturant mon image. D’autres s’avançaient près de moi et prenaient la pose me considérant comme une vulgaire attraction touristique ! Encore l’une de leurs étranges habitudes je pense...

Indigné, je repartis prestement dans ce Mont incertain où les passants que je croisais étaient comme habités par ce lieu craignant de ne pas tout voir. Certains, terrifiés, me pointaient du doigt, m’injuriaient dans des dizaines de langues, d’autres, moins craintifs, essayaient de m’immobiliser en me serrant l’encolure ! Pour qui me prenaient-ils ? Je galopais maintenant sans but précis. Où aller ?  Mes sabots remuaient la poussière, glissant sur le sol érodé. Au détour du chemin de ronde, l’église abbêêêêtiale me faisait face. Je fus surpris de retrouver adossé sur les marches le même groupe de jeune dont je mettais séparé un peu plus tôt dans la bêêêê. Je m’avançais prudemment, la plupart tenait un simple bout de papier enflammé dans leurs mains maladroites, délivrant une odeur des plus désagréables. Sans doute une invention futile de l’Homme… Ne voulant pas respirer plus longtemps cette fumée acre, je continuais inquiet mon ascension du Mont aux lignes pures tout en ignorant sur mon passage les hurlements assourdissant des humains. D’un bon trot, je pénétrais dans l’église où le contraste entre la nef romane sévère et sombre, et le chœur gothique, élégant et lumineux, était saisissant. Je découvris le réfectoire puis descendis dans les cryptes supportant les croisillons et le chœur de l’église abbêêêtiale. Le silence absolu qui y régnait fut rapidement troublé par les cris de deux gardiens de l’église me poursuivant ! Effrayé a la vue de ces hommes aux visages ténébreux au rire diabolique, je m’enfuyais devant tous ces humains immobiles et nerveux observant cette course poursuite inhabituelle. Haletant et frissonnant d’effroi, je m’arrêtais quelque instant dans le cloitre qui était comme suspendu entre terre et mer, où les arcades étaient soutenues par de ravissantes colonnettes disposées en quinconce pour accentuer le sentiment de légèreté. Les rayons obliques du soleil couchant m’apaisaient et, au fond de moi, un sentiment de fierté personnelle m’envahit, j’étais le premier de l’ordre bêlant  à avoir eu le courage, le temps d’une journée, de sortir de mon quotidien si rébarbatif. Tel un pionner de la race ovine, j’inscrivais sur le granit de Chausey mon nom : « Monsieur Mouton de Prés Salés ».

Pauline MARSAC – 1ST2SB

 

 

 

Toutes les photos sont dans la médiathèque - Rubrique  Vie du lycée.