Voyage à Rome et à Florence des 2GT

Avril 2014 : pour finir le trimestre, les élèves des quatre classes 2nde Générale et Technologique prennent la route pour Rome puis Florence.

Un voyage magnifique comme en témoigne le journal de Pauline.

Dimanche 6 avril
L’impatience était telle que les heures précédant mon départ furent emplies d’une agitation et d’une excitation fébriles. Assise dans mon siège incommode, aux motifs et couleurs démodés, je fis par la fenêtre un signe de la main en guise d’au-revoir. Les yeux pétillants, les mains moites, je  percevais les discussions comme des bourdonnements denses et incompréhensibles. Je m’imaginais déjà foulant  le sol de Rome, entourée des sept collines dominant le Tibre. Quand l’heure du départ fut arrivée, nous descendîmes le boulevard Raspail afin de rejoindre l’autoroute. Le reste de la journée se passa sans encombre, l’ambiance était détendue. Cependant, je fus forcée de constater que notre chauffeur ne savait pas régler correctement la climatisation du bus, il faisait tellement froid que pour essayer de survivre dans ce climat hostile je me résignais à mettre mon manteau durant tout le trajet. La nuit fut longue et le sommeil dur à trouver.

Lundi 7 avril
Nous avions dépassé la frontière italienne et Rome n’était plus qu’à quelques kilomètres ; arrêtés sur une aire d’autoroute, notre petit-déjeuner nous fut distribué. Devant moi les flans luisants, dorés et bombés d’un croissant saupoudré de sucre. La douce chaleur de la viennoiserie réveilla mes doigts engourdis par la fraîcheur de la climatisation du car. Je le mangeais avec délice. Le goût du jus de poire me laissa dans le palais une note amère et indélicate, car venu chasser la volupté et la douceur du croissant. Cette semi-amertume réveilla mes sens et m’insuffla un regain d’énergie avant d’entamer la visite de la ville que les poètes qualifient « d’éternelle ».
A dix heures, nous commencions notre marathon à travers la Rome Baroque. La place Navone, avec sa forme de stade antique s’offrit à mes yeux, trois exubérantes fontaines se tenaient devant nous. Parmi  elle, la fontaine des quatre fleuves créée par Le Bernin se distinguait par son obélisque massif qui reposait sur une voûte fine d’une grotte, ce qui pour moi renforçait le caractère spectaculaire de cette majestueuse fontaine. En haut, on pouvait voir une colombe avec le rameau d’olivier. La place Navone était bordée de maisons aux façades de style Renaissance. Ce décor surprenant montrait le génie du Baroque italien. Durant toute la journée, nous avons marché dans ce quartier où les églises se comptaient par dizaines et où les fontaines baroques jaillissaient de ces élégantes places. Nous avons terminé notre journée par une courte visite du quartier de la place d’Espagne, avec ce réseau de rues étroites et piétonnières, qui, je dois bien l’admettre, est le quartier le plus animé de Rome, où les touristes et les Romains se pressaient aux devantures des commerces. C’est aussi dans ce quartier que nous avons eu notre temps libre. Les boutiques étaient nombreuses, mais à mon grand regret, les souvenirs étaient banals. Nous sommes passés devant la fameuse fontaine de Trevi qui fait tellement partie intégrante de l’imagerie romaine qu’elle donne l’impression d’avoir toujours existé. Cette imposante construction est en permanence assaillie de touristes, dos à la fontaine, jetant une pièce de monnaie. Ce monument était magnifique à contempler avec au centre deux tritons guidant les chevaux marins. Seule ombre au tableau, les vendeurs ambulants qui parasitaient mon séjour. Et pourtant, pendant ces quatre jours en Italie, les journées étaient brulantes, le soleil, de ses rayons, fendillait le ciel bleu. La chaleur avoisinait les 30°.

Mardi 8 avril
Ce jour-là, je me réveillais avec un rhume. Mon premier suspect était la climatisation du bus. Cependant, je ne me laissais pas abattre et nous avons entamé notre deuxième jour de visite avec le Vatican, centre de la Chrétienté. J’ai été émerveillée par la splendeur qui se déployait  sous la vaste coupole, réalisée par Michel-Ange, ainsi que le magnifique baldaquin de bronze doré soutenu par les colonnes de vingt mètres de haut. J’ai pu admirer la place Saint-Pierre et la colonnade du Bernin.
Le repas de midi était de qualité médiocre. Nous avons eu droit à deux sandwichs qui contenaient une simple et modeste tranche de jambon ou de fromage vulgairement jetée entre deux bouts de pain. Seule la pomme était bonne. Je fus attirée par sa couleur, comme par une aquarelle de vert, ainsi que sa forme parfaite. Je sentais son odeur fruitée  et sous mes dents sa chair, son goût si doux, si sucré, si onctueux. Pendant cette dégustation, j’observais ces milliers de touristes affluer vers le Vatican.
L’après-midi, la Chapelle Sixtine et le musée du Vatican nous attendaient. Nous avons découvert la magnifique collection d’art égyptien. Pour y accéder nous avons emprunté l’escalier hélicoïdal. Son marbre sur la paume de la main me procura une sensation de douce froideur. Nous sommes entrés en fin de journée dans la sublime Chapelle Sixtine. Sur toute la longueur de la voûte, Michel-Ange avait représenté la Genèse avec bien-sûr, au centre, la Création d’Adam.
La journée terminée, l’hôtel nous attendait. J’étais impatiente de dîner car, à cause de mon régime drastique du midi, ma faim était immense.

Mercredi 9 avril
Une marche au cœur de la  Rome Antique nous attendait en ce troisième jour de visite. Notre matinée débuta avec l’un des plus beaux sites antiques, les imposants thermes de Caracalla puis le mythique Colisée qui est une prouesse technique pour son époque de construction mais aussi une œuvre d’art encore aujourd’hui. A l’intérieur, il y avait une vraie cohue, des centaines de silhouettes aux allures pressées se disputaient les marches pour accéder au deuxième étage. Et tout d’un coup, le souvenir m’apparut. Ce souvenir, c’était celui du Colisée six ans auparavant. La vue panoramique qui s’offrait devant moi, la foule sur le côté, le vent léger emportant avec lui la poussière, le sable… Ce souvenir abandonné si longtemps hors de ma mémoire, rien n’avait survécu, tout s’était désagrégé. Le souvenir de cette visite au Colisée lorsque j’étais enfant s’était ensommeillé. La vue est un bon moyen pour se rappeler, pour porter l’édifice immense du souvenir. Dès que j’ai reconnu la vue, aussitôt je revivais ma journée avec mes parents, la marche dans le Forum romain, le Palatin, le mouvement d’humeur que j’avais eu dans l’église St Ignace. Le véritable calvaire que j’avais enduré pendant le repas en raison d’une douleur à la dent. Ensuite, la visite du Colisée m’apparut plus claire, du haut de mes dix ans j’avais trouvé cet édifice magnifique, j’étais restée face à l’arène, observant le vaste balcon réservé à l’empereur et m’imaginais les hoplomachies.
 Après ce surprenant souvenir, nous partîmes en direction de Florence. La fatigue me gagna rapidement dans le car du fait de la longue journée. Ma tête, tournée vers la vitre, je regardais défiler les paysages somptueux de la Toscane. Le soleil dardait ses derniers rayons avant de disparaître. Une fois arrivés à notre second hôtel, nous découvrîmes notre chambre. Je fus surprise de l’immensité de notre balcon qui offrait un panorama magnifique des plus caractéristiques de cette région. Cette nature riche procurait beaucoup d’apaisement : une légère brise soufflait. Les montagnes au loin, la nuit approchant rendait ce paysage incomparable. On s’attendait à voir le sombre Lorenzo de Médicis, personnage torturé d’Alfred de Musset, enveloppé dans un pan de cape.

Jeudi 10 avril
Assise dans le car, j’admirais notre entrée dans la cité du lys rouge. Ces somptueuses maisons ocre offraient un camaïeu de couleurs unique. J’étais déjà comblée à l’idée de découvrir ces églises, ces musées et ces rues renfermant des vestiges d’une époque glorieuse. Impatiente, je descendis du bus et sous mes yeux se déployait la magnificence de la ville. On eut dit que sur l’immense toile qu’est Florence, Michel-Ange avait parsemé avec détachement son pinceau, laissant l’instrument déposer aléatoirement de multiples tâches aux tons allant du brun à l’orangé et cette composition au départ hasardeuse formait au final l’harmonie des rues ;

Pour nos premiers instants à Florence, nos professeurs nous avaient emmenés admirer la cathédrale Santa Maria del Fiore se trouvant en plein cœur de la vielle ville. En la voyant dominant la Piazza del Duomo, je m’attardais sur sa façade digne d’intérêt. Les marbres blanc, vert et rose ainsi que les sculptures donnaient un certain relief à cet édifice. Je ressentais à travers cette cathédrale toute la puissance de l’âge d’or de Florence. Toutefois, j’éprouvais une légère déception en pénétrant dans cette immense nef. Sa sobriété contrastait vivement avec l’exubérance de l’extérieur. Nous reprîmes notre périple au sein d’une masse de touristes. Ce flot de vie croisée donnait un charme méditerranéen aux attouchements involontaires provoqués par l’étroitesse des rues florentines, qui semblaient être faites pour la rencontre. Nous passâmes brièvement sur la Piazza Santa Maria Novella puis nous arrivâmes face au Palazzo Vecchio. Cette forteresse était surprenante du fait notamment de sa façade sans sculpture, par sa couleur sombre, froide et sans âme. Malheureusement, l’extérieur fut notre seul aperçu du monument.

Nous marchions depuis longtemps, le soleil dur, joyeux couronnait la ville de ses rayons. Je suivais un peu mécaniquement le groupe dans les rues étroites et tombais en douce torpeur. Maladie dont est épris tout touriste lorsqu’au bout d’une journée de marche, de visites frénétiques, il lui faut encore entrer  dans deux églises, qu’il ne regardera pas vraiment, simplement pour être en droit  de dire à ses amis « moi, j’ai visité Florence ». J’eu alors une idée pour me tirer de cet ennui provisoire : par jeu je me rappelais les œuvres littéraires que la beauté de Florence avait inspiré. Ainsi, je surpris plusieurs fois Lorenzo de Médicis, regardant par les hautes fenêtres la foule d’un air désabusé, se demandant à quoi servirait à sa cité le coup de dague qu’il allait donner à son cousin Alexandre le tyran. Je le surpris également sur les bords de l’Arno, agenouillé près des promeneurs qui eux ne semblaient pas le voir. Lui les observait, ces touristes grossiers qui commençaient une querelle et j’eu l’impression qu’il pleurait, mêlant l’eau salée de ses yeux à l’eau douce et bleue du fleuve. Deux femmes me firent penser à la mère et à la tante de ce Lorenzaccio et je les suivis longtemps du regard. Non loin du Dôme, je crus même reconnaître, en la personne immobile d’un  petit homme brun et fluet, dont la couleur de la veste semblait se fondre avec la pierre d’une maison, le terrible Hannibal Lecter, cannibale raffiné de l’œuvre de Thomas Harris. Souriant légèrement, immobile comme un python, il regardait le flot discontinu des passants avec une certaine faim. Ce flot de vie dont les éléments qui le composaient étaient absolument indifférents les uns aux autres.

Treize heures approchant, mon amie et moi commencions à sentir les effets néfastes d’un petit-déjeuner pris sur le pouce. Sachant pertinemment que le repas qui se trouvait dans mon sac ne serait pas des plus excellents, du fait de l’aspect mais aussi de l’odeur peu appétissante des sandwichs, nous décidâmes de partir à la recherche d’un restaurant. Nous étions en Italie et pour moi un arrêt me semblait obligatoire dans une pizzeria. A deux pas de la Piazza della Signoria, nous trouvâmes notre bonheur, un véritable temple des spécialités italiennes. Une odeur enivrante de légumes grillés arrosés d’huile d’olive se répandait dans la salle aux murs immaculés. J’optais pour la pizza que se composait de tomates, de mozzarella, de speck et d’olives. J’appréciais la subtile touche carbonisée des poivrons et des aubergines qui s’amoncelaient sur la pâte fine et qui m’évoquaient les grillades estivales.

Pour la suite, nous nous sommes baladés dans la ville au fil de nos envies. Nous avons traversé l’emblématique Ponte Vecchio où les orfèvreries se comptaient par dizaine. Au milieu, je me suis arrêtée sur une placette afin de contempler la vue magnifique, de profiter des derniers instants à Florence. Le soleil commençait à décliner et semblait se mirer dans l’Arno. D’un pas hésitant, je m’avançais vers l’entrée du bus. La visite de Florence fut assez fugace mais inoubliable. En regardant par la vitre, je fus prise d’une soudaine mélancolie : le car m’emportait de Florence comme des parents indifférents qui m’emportaient loin d‘un amour de vacances. L’idée de quitter cette ville, plus entraperçue que visitée réellement, et la perspective de retrouver Paris au temps incertain ainsi que la stature austère de Carcado-Saisseval me serait le cœur. Le souffle frais incessant de la climatisation rendant l’atmosphère du bus inhospitalière et son bruit insupportable me tirèrent de mon rêve italien. J’ouvris les yeux sur Paris.

Pauline MARSAC MOUGENOT – 2GTA

 

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