Visite du centre minier du Nord-Pas de Calais - 1ST2S - Mars 2015

Visite du Centre historique minier du Nord-Pas de Calais

Sortie organisée le 20 mars 2015 pour les 1ST2S

 

Appréhender les conditions de travail des mineurs de fond

On estime que la Terre regorge de 7 à 9 milliards de tonnes de charbon, seulement 1,9 milliards de tonnes ont été exploitées dans le monde. L’exploitation du charbon dans le Nord de la France connaît un développement important à la fin du XVIIIème siècle et surtout pendant la Révolution industrielle dans la seconde moitié du XIXème siècle, elle durera 270 ans en moyenne. Le Nord compte 14000 km de galeries souterraines.  Lewarde est située dans le Nord de la France. Cette mine, appelée la fosse Delloy, a commencé son exploitation dès le début du XVIIIème siècle, précisément depuis 1720 et ce durant 270 ans. Le centre minier de Lewarde a fermé le 21 décembre 1990.Cette mine est relativement petite en ayant une profondeur allant jusqu’à 1280 mètres. En presque trois siècles d’existence, cette mine a exploité 8 millions de tonnes par an de charbon, ce qui représente une moyenne de 1000 tonnes par jours. La mine ne cesse jamais son activité, que ce soit la nuit ou le jour, en employant 1000 mineurs dont 800 vont au fond de la fosse et 200 restent à la surface. Le terrain comporte deux chevalets qui permettent de descendre des instruments relativement lourds ou de taille trop importante mais surtout à faire circuler l’air dans les puits.

La salle des pendus

Surnommée « la salle des pendus », cette salle est en réalité, un vestiaire qui date de 1906, consécutif au décret de 1911 qui stipule que toutes mines doit avoir des douches au sein de leurs locaux, ces installations se sont généralisées dès 1920, en France. Avant les mineurs se douchaient au baquet, chez eux. Cette salle était à la fois le vestiaire et la salle de bain des ouvriers (les femmes n'avaient pas de vestiaire dédié et devaient donc rentrer chez elles pour pouvoir se laver ; les jeunes garçons (surnommés « galibots ») avaient une petite pièce séparée). Les bleu-de-travail des ouvriers  étaient pendus à des « monte-habits » numérotés. Chaque mineur disposait d'un jeton correspondant. Ce stockage au plafond avait de nombreux avantages :

  • gain de place (1 vestiaire tous les 10 cm au niveau du point d'ancrage)
  • séchage plus rapide aidé par des pulseurs d'air chaud
  • nettoyage de la pièce plus facile puisqu'il n'y avait pas d'obstacles au sol (la pièce était lavée plusieurs fois par jour au jet d'eau par des mineurs « handicapés »)

La lampisterie

L'espace est cloisonné et le mineur, pour prendre sa lampe, passait nécessairement par le lampiste, à qui il remettait un jeton qu'elle affichait sur un tableau. L'intérêt de ce système était de savoir, à tout instant, qui était au fond de la mine, le jeton identifiant le mineur par son numéro. La collection de lampe présente l'évolution de cet outil entre le XVIIIe siècle et le XXe siècle :

  • La lampe était à l'origine constituée d'une simple bougie fixée à un bâton, relativement risqué.
  • La lampe à huile est ensuite devenue la référence. Sa flamme était d'abord nue, c'est-à-dire en contact direct avec l'atmosphère. Cette lampe présente des risques très importants d'explosion en cas de présence de grisou.
  • Elle a donc été remplacée par une lampe équipée d'un grillage mais qui éclairait donc moins.
  • Le grillage fut ensuite remplacé par un verre qui avait comme inconvénients de noircir et d'être fragile
  • La lampe à cristal a été utilisée jusqu'en 1985. Son cristal ne noircit pas et est suffisamment épais pour ne pas casser. Elle permet de plus de détecter le grisou car sa flamme vire au bleu en présence de méthane. L'ordre d'évacuation est donné dès que sa taille, au départ d’1cm, s’allonge, signifiant que l’air contient plus de 2% de grisou
  • La lampe électrique éclaire bien le champ de vision puisqu’elle est intégrée au casque du mineur mais ne détecte pas le grisou.

L’immersion dans le quotidien des mineurs

La visite commence par la visite de la salle de tri du charbon, dite salle du triage ou caffut, effectué par les femmes qui n’ont plus le droit d’aller au fond de la mine depuis 1892 et les enfants âgés de moins de 8 ans jusqu’en 1913 puis de moins de 14 ans avec la loi de 1946. Ces enfants recevaient une formation de 14 à 18 ans, ils sont appelés les galibots. Le charbon n’étant pas extrait à l’état pur, il faut séparer le charbon d’autres matières rocheuses. Cette salle se trouve à proximité des mines, à la surface. C’est également une salle où le passage est obligatoire pour tous mineurs afin d’accéder à l’ascenseur. Cet ascenseur est relativement grand afin que le plus de mineurs, appelés « les gueules noires », puissent descendre en même temps. Sa vitesse est de 29 km/h pour les Hommes et de 57 km/h pour les berlines.

On estime que pour 25 hommes, il y a 4 berlines. Ces gueules noires ont une journée de 8 heures, exposé au bruit omniprésent dans la mine d’où le taux important de surdité malgré le coton et la mie de pain utilisés pour protéger leurs tympans, à la chaleur qui était comprise entre 25 et 30°C et ce même durant les saisons les plus froides et l’air très chargé en charbon et en grisou provoquant une maladie très courante dans ce métier : la silicose. Les gueules noires étaient supervisées par le porion.

Lors de notre visite, nous avons arpenté les couloirs de la mine où l’on trouve des machines et des mannequins, simulant le travail des mineurs. Les mineurs creusaient les parois, par paliers, en suivant la veine de charbon qui démarrait à -90m et plongeait à plus de 1000m de profondeur. Les premiers soutènements étaient en bois de sapin ou de pin et leurs craquements permettaient d'évaluer la solidité de l'installation. Avant les années 1960 voire 1970, les mineurs n'avaient pas de protections auditives. Ils pouvaient alors entendre ces craquements ainsi que les avertissements de leurs collègues. Toutefois, la surdité étant très précoce, ce système prévenant des éboulements n’était pas très efficace. Les soutènements suivants furent en métal puis sont dits marchant (les barres de soutènement du toit sont actionnées par des vérins hydrauliques commandés par une seule personne).

Le creusement était d'abord effectué à l'explosif puis à l'aide d'outils tels que le marteau-piqueurs par les « abatteurs ». Ces derniers travaillaient couchés dans un espace restreins, d'environ 5 mètres les uns des autres, dans des galeries inclinées de 30°. Ils portaient des vêtements blancs en lin afin d’être mieux repérés et de ne pas avoir trop chaud. Leur travail consistait à boiser la galerie, c’est-à-dire de faire tomber la matière superflue dans des wagonnets. Toutefois, les mineurs ayant un salaire en adéquation avec la quantité de charbon rapportée, ils négligeaient cette tâche, d’où les nombreux accidents (éboulements) issus de ce mauvais entretien.  Ce n’est que plus tard que ce travail fut pris en compte dans leur salaire afin d’améliorer leur sécurité. A l’époque où les galibots ou les femmes travaillaient au fond, ils remplissaient les berlines à la pelle. Une fois les berlines remontées, le personnel de surface, vu à la première salle, s’occupait du tri (entre le charbon, le schiste et le grès).

Les chevaux ont été utilisés dans les mines dès 1848. La descente était une opération difficile qui prenait au moins deux heures et une fois le cheval descendu, celui-ci ne remontait plus jamais. Il restait ainsi une douzaine d'années au fond à tirer des trains de 12 berlines, soit 7 tonnes. Le vétérinaire et le maréchal ferrant descendaient s'occuper d'eux dans leurs écuries souterraines. Lorsqu’ils étaient blessés ou aveugles ou morts, ils étaient généralement emmenés à l’abattoir. Ils furent remplacés dans les années 1950 par des locomotives électriques composées de berlines.

A la suite de l'événement le plus marquant dans l'histoire de l'industrie minière de la région fut le « coup de grisou suivi d’un coup de poussières » du matin du 10 mars 1906 à Courrières. Une explosion due aux poussières en suspension dans l'air a provoqué un couloir de feu : une boule de feu à 2500°C a traversé 110km de galeries à près de 1000km/h tuant 1099 mineurs. Cette catastrophe minière, la plus grande dans l'histoire de l'Europe, fut fortement médiatisée par les journalistes. Ainsi, différents dispositifs de sécurité destinés à stopper les couloirs de feu :

  • des planches de bois soutenant de la poussière de craie sensées être renversées par la boule de feu et éteindre celle-ci en la mettant en contact avec la craie. Ce dispositif s'est révélé inefficace.
  • des bacs suspendus, contenant chacun 80L d'eau colorée (pour contrôler leur niveau) se renversant au passage du feu. Ce dispositif a fonctionné en Lorraine lors d'un accident qui n'a tué « que » 22 mineurs sur les 900 présents au fond.
  • La fin de la carrière arrivait à 65 ans. Quant aux syndicats, ils ont été créés en 1890 ainsi que des associations partisantes des mineurs en 1884.

L’évolution des mineurs

Le mineur au début portait barrette de cuir bouilli sur la tête, espadrilles légères aux pieds, tenue blanche pour mieux repérer les blessures éventuelles. Il possédait comme outils : pic, hache pour couper le sapin permettant le boisage des galeries.

Sa tenue n’a pas évolué si ce n’est que les lampes (voir la rubrique sur la lampisterie) où ces dernières se perfectionnent jusqu’à devenir électriques et frontales.

La nationalisation

A la Libération, en 1944, le Gouvernement provisoire décide de confier la direction de toutes les mines à la Nation. Désormais, à la tête de chaque Groupe, se trouve un Directeur délégué qui a reçu une délégation de pouvoirs du Directeur Général du Bassin. Les fosses sont groupées en secteurs dirigés par un Ingénieur en Chef.

Ainsi, en 1946, l’Etat devient le seul patron des mines afin de rendre à la Nation les richesses de son sous-sol et de les exploiter au profit de la collectivité. Cette mesure fut indispensable dans l’optique de reconstruction du pays, dévasté après la Seconde Guerre mondiale.

Les habitations

Les logements ont connu de nombreuses évolutions depuis leur création. Au départ, il y avait les corons, les cités pavillonnaires, les baraquements puis les camus. Grâce à leur travail, les mineurs bénéficiaient de ces logements pour eux et leur famille. Ces logements étaient souvent composés d’une pièce à vivre contenant le salon, la cuisine et la salle de bain (un baquet d’eau généralement) et d’un étage composé d’une ou de deux chambres selon la taille de la famille. Ces maisons pouvaient également avoir un jardin, toutefois, s’il n’était pas entretenu, une part était retirée du salaire. Les concours entre les plus belles maisons et les plus beaux jardins étaient organisés entre les mines, en concurrences.

Les femmes

Au début les femmes travaillaient au fond des mines mais en 1892, un décret passe afin que les femmes ne travaillent plus au fond. Elles ont alors des cours pour devenir de parfaites ménagères (cours de repassage, de cuisine…) et de bonnes mères (cours de puériculture). Lorsqu’elles se marient, elles abandonnent le travail à la mine au profit de leur famille, elles deviennent mère au foyer.

La semaine

Les mineurs travaillaient tous les jours de la semaine, au moins 8 heures par jour voire plus lorsqu’ils faisaient des heures supplémentaires afin de rapporter plus d’argent lors des périodes comme Noël. Le dimanche était le jour de la kermesse où des bals étaient organisés.

L’estaminet

Réservé aux mineurs, cette étape marquait le début de leur routine quotidienne. Avant de partir à la mine, les mineurs prenaient un café, fumaient leurs dernières cigarettes ou leur pipe car dans la mine ces dernières étaient interdites à cause du risque inflammable, ils avaient juste le droit de chiquer (mâcher puis recracher le tabac).  Ils descendaient dans la mine toute la journée, ils mangeaient même sur leur lieu de travail, puis à leur retour ils prenaient environ 1litre de bière surnommée le « chasse poussière » puis du genièvre (alcool fort du Nord).

Les jeux

Des jeux de tir à l’arc étaient organisés ainsi que des combats de coqs avec des paris sur le plus coriace des deux et des courses annuelles de pigeons bagués.

Les jeunes

Les jeunes, avant leur entrée à la mine, avant d’être des galibots, allaient à l’école. Des échanges pour les jeunes tels des colonies de vacances entre les pays étaient organisés par les patrons des mines. Ces activités permettaient aux jeunes de partir en vacances et d’encourager les mineurs à travailler pour le bien-être de leurs enfants.

Témoignage d’un ancien mineur

Michel PETIT était un ancien mineur, issue d’une famille de mineurs. Il a commencé à travailler dans les mines dès 1965, lorsqu’il a décidé d’arrêter sa scolarité. Il a consacré 40 ans de sa vie aux mines. Son récit regorge de passion pour son métier, aujourd’hui disparu en France. Il nous a présenté la salle des pendus et la lampisterie en nous spécifiant l’authenticité du carrelage des douches, qui tapisse le mur de la salle des pendus ou encore des innombrables lampes de la lampisterie. L’ensemble de son récit fut captivant, rythmé par son accent prononcé du Nord ainsi que ses expressions pittoresques souvent directement rattachées au travail des mines, toujours présent dans l’esprit de cette région.


Les mines ont données naissance à des mots tels que le mot « rescapé », qui vient de « s'échapper », en référence à la catastrophe de 1906 où 14 mineurs pendant 20 jours ont survécu au fond de la mine. Les vestiges de ces mines témoignent des conditions de vie précaires et difficiles de ces mineurs. Toutefois, les mineurs étaient grandement attachés à leur travail car il leur fournissait un salaire, un logement et le chômage était inconnu. Aujourd'hui, toutes les mines ont cessé leur activité, mais les terrils sont toujours visibles et témoignent de l'importance de l'activité minière dans la région.

Sarah CARMOIN
Alice TALIBON
Anna VION
1ST2SB

 

 

Journée à Douai

 En ce vendredi après-midi ensoleillé, nous nous sommes rendus dans la bonne humeur à la Cité Jardin Des Clochettes construite en 1923 et constituée de  maisons en briques au confort précaire (pas de pompes à eau , pas d'électricité). Dans le souci d’accueillir une main d’œuvre productive, les Polonais sont les plus sollicités mais cependant jamais forcés. Avec un mode de vie où le paternalisme (église, commerces, écoles à proximité) était très fort, des règles ont été adoptées comme par exemple l'entretien régulier du jardin, l'obligation d'aller à la messe le dimanche etc. Aussi un homme était chargé de veiller à la présence et au bon déroulement d’une journée « type » auprès des mineurs. Malgré un salaire de 8 francs par heure, ce qui peut se révéler assez bas, une certaine qualité de vie  était toutefois maintenue avec un logement gratuit pour les mineurs et ses ayants droits , des commerces de proximité, des moyens mobilité assurés par la  compagnie. De plus l'église Notre Dame Des Mineurs , véritable lien entre la France et la Pologne auquel la cité est très attachée encore aujourd’hui, souligne cette harmonie Franco-Polonaise, par la présence du tableau de la vierge noire véritable symbole du pèlerinage de Częstochowa . Cette visite très constructive nous rappelle nos origines multiculturelles et de notre histoire partagée dans la construction des droits sociaux.

Et la version polonaise de l'article...

Dzień w Douai

W piątek w słoneczne popołudnie, poszliśmy w dobrym nastroju w Cité Jardin Des Bells zbudowane w 1923 roku i składa się z murowanych domów z niepewnej komfort (bez pompy wody, brak energii). W celu hostowania wydajnej siły roboczej, Polacy są najbardziej poszukiwane, ale nigdy nie zmusił jednak. Ze stylem życia, gdzie paternalizm (kościół, sklepy, szkoły w pobliżu) był bardzo silny, przepisy zostały przyjęte takie jak regularne utrzymanie ogrodu, obowiązek uczestniczyć we Mszy świętej w niedziele itp Również człowiek był odpowiedzialny za zapewnienie obecności i prawidłowego przebiegu Day "typ" z udziałem nieletnich. Pomimo pensją 8 franków za godzinę, co może być dość niska, pewna jakość życia, jednak utrzymuje się z bezpłatnym mieszkania dla górników i ich następców prawnych, lokalnych sklepów, mobilność oznacza dostarczonych przez przedsiębiorstwo. Ponadto kościół Notre Dame des Górnicy, rzeczywisty związek między Francją i Polską, które miasto jest bardzo zaangażowana nawet dzisiaj, podkreśla to francusko-polski Harmonia przez obecność prawdziwego obrazu Czarnej Dziewicy symbolem pielgrzymki Częstochowa. To bardzo konstruktywne wizyta przypomina nam o naszym wielokulturowym tle i naszej wspólnej historii w budowie praw socjalnych.

Pauline MARSAC
Elise PAUCHARD
1ST2SB

 

Solène LOYAU
Marianne POULBOT
Elèves de 1ST2SA

 

 

Rendez-vous en terrain minier

Nouvelle écrite par Pauline  MARSAC après la visite du centre minier du Pas de Calais

Jeudi soir, à l'idée de se coucher, le soleil rougissait de dépit, accoudé au bastingage de l'horizon pacifique. Paris dormait, peignant sur son océan ardoise un vaisseau vif argent, satellite nocturne entrelacé d'étoiles projetées sur la toile profonde par touches isolées. Mon réveil à chiffres digitaux avoisinait les 23h et dans cet écoulement sournois, je repensais à mon éprouvante journée ponctuée de grammaire anglaise et de nomenclature chimique entrecoupée d'un oral blanc de français, où mon examinateur s'était soucié d'une oreille distraite à mon analyse tant redoutée pour ma part. Je décomposais les moindres instants de l'entretien, source intarissable de doutes, je ressassais les questions posées aisément discutables, et dans cette mécanique de souvenirs, le sommeil, étrange et fauve oiseau, s'enfuyait de sa cage. L'impatience de m'aventurer le temps d'une journée en compagnie de ma classe au cœur de la quatrième région économique française qu'est le Nord-Pas-De-Calais, devait être responsable de mon absence d'apaisement. Le désir de découvrir le berceau désormais endormi de trois siècles d'épopée minière, la curiosité de fouler ces géants de déblais miniers éveillés par trois cents ans d'histoire, la soif d'entendre les mélodies immortelles des carillons couronnant cette noble région, tout cela rendait mon envie d'être au lendemain infatigable.

Seul bémol freinant mes ardeurs d'excursions : Anna, ma cousine grande et insatiable lectrice du célèbre auteur naturaliste Émile Zola, rêvant de marcher dans les pas de Germinal depuis la découverte de ce roman... Ayant stratégiquement assiégé ma chambre tout au long de la soirée dans l'espoir que j'accepte inopinément de l'emmener avec moi pour ces prochaines vingt-quatre heures, je me voyais contrainte malgré toute ma bonne volonté de refuser cette faveur aussi motivée soit elle. Je m'escrimais à lui exposer les faits de l'impossibilité de sa folle escapade nordique et des retombées que cela pouvait engendrer. J'avais toutefois la malheureuse impression que dans cette bataille, j'entretenais un dialogue de sourd et que ma cousine était bien décidée à camper sur ces envies d'aventure.  Le siège s'était finalement achevé par la victoire de la fatigue contre les supplications intensives de ma cousine assujettie aux dures lois du sommeil. Je connaissais malheureusement trop bien Anna pour savoir qu'elle ne baisserait pas les bras aussi facilement.

Le jour n'était pas encore levé et sous la froide lumière du soleil domestique de ma cuisine, je pris un copieux petit déjeuner en prévision de la longue journée de visite. Sous mes mains, je sentais la chaleur du pain, croustillant et délicieusement  mordoré où s'allongeait paisiblement la douceur du beurre, corps sensible et délicat, épousant à la perfection les tièdes ondulations de la dalle mince. Sur une autre, je laissais couler un filet de sirop d'érable, sève brune, dévalant les tendres crêtes de la mie, tout en façonnant d'un caramel onctueux les rigoles souples de cette vallée spongieuse.

L'heure du départ approchait à grands pas. Mon sac de randonnée péniblement installé sur mon dos, et étonnamment lourd pour le peu d'affaires que j'avais prises, je partis, le cœur serré en repensant à ma cousine à qui j'avais mis fin brutalement à ses désirs de découverte. Je marchais maintenant en direction de Carcado Saisseval, passant sous les faibles éclairages des lampadaires, béquilles supportant le socle de la nuit, où, à cette heure, seuls quelques faisceaux fiévreux du jour, érodaient le vaste voile nocturne. À sept heures, au départ du 6eme arrondissement, les deux autocars démarrèrent dans le bruit brutal de leur moteur arrière, en ce jeudi 20 mars, premier jour dans le calendrier révolutionnaire du mois de Germinal... Coïncidence ? L'aventure nous tendait les bras !  En immersion totale dans le déchaînement des passagers amalgamés au fond du car, s'affranchissant le temps d'un trajet de toutes règles, j'eus le privilège de goûter au fil des kilomètres avec grand plaisir à la joie débordante de ces usagers épris d'une excitation permanente, perpétrée par les sons discordants de leur attirail électronique. Malgré ce tohu-bohu, je m'échappais en scrutant prudemment la dérivation du disque lunaire occultant petit à petit l'étoile diurne incandescente, condor céleste embrassant de ses ailes ardentes le dos de l'astre opalin.

Je m'évadais.

Soudain, j'eus l'impression que mon sac de voyage était épris d'un brusque frémissement. Impossible ! Pourtant, un détail me tourmentait car la veille, en finalisant la préparation de mes affaires, je n'avais pas remarqué que mon bagage était aussi imposant... Qu’ y  avait- il à l'intérieur, mise à part une salade industrielle, un parapluie prévenant des menaces d'un troupeau de nuages à la laine grisâtre, dont les ombres paissaient sur les étendues verdoyantes et quelques livres contre l'ennui excessif dû à la monotonie des routes, divisant les champs et s'étirant au travers d'un paysage bucolique?

De toute évidence, je découvrirais tôt ou tard ce que renfermait mon sac, car déjà l'autocar diesel ralentissait pour enfin s'immobiliser sur le parking du centre historique minier de Lewarde, installé sur le carreau de l'ancienne fosse Delloye. Au loin, se dressaient majestueusement deux édifices métalliques appelés « chevalements », lien indispensable entre le fond et le jour. Ces tours d'extraction, témoins en surface d'une installation souterraine gigantesque, gardaient immuablement l'entrée du site. Je réalisais enfin que nous étions au cœur du bassin minier, poumon à présent essoufflé d'un pan de la classe ouvrière française, mais ne demeurant pas moins un lieu émouvant de mémoire, prospère de son patrimoine industriel. Une fois descendue, j'en profitais pour poser lourdement mon barda sur l'asphalte humide attendant que le reste de la classe, exténuée avant même d'avoir entamé la visite, se décide à brûler ses nauséabondes cigarettes.

En désirant ouvrir mon sac, une force me projeta en arrière ! Anna ?! Que faisait- elle ici ?!  Ma cousine venait de sortir précipitamment de sa cachette et s'éloignait en courant de mon groupe ! Que faire ? Je ne pouvais pas la laisser s'aventurer toute seule dans le musée. Je devais prendre mes responsabilités et décidais de m'éloigner discrètement de l'agglomérat de fumeurs en espérant que les professeurs  accompagnateurs ne remarquent rien... Je m'élançais à sa poursuite, traversant précipitamment cet écran grisâtre fumée !

Malheureusement, Anna m'avait distancée depuis longtemps et j'arpentais les abords de ses bâtiments authentiques en briques quelque peu désespérée à l'idée de ne jamais la retrouver avant notre retour... J'avais bien la ferme intention de m'expliquer  avec elle à la fin de cette interminable partie de cache-cache... Au bout de vingt minutes, j'abandonnais mes recherches perdues d'avance. Dépitée, je pris la dure résolution de faire demi-tour afin de rejoindre ma classe... Quelque peu désorientée au sein de ces 8 000 mètres carrés de terrain, je me décidai à demander mon chemin à vieil homme, dont la toux singulière, soulevait un passé ancré au cœur des veines charbonneuses de la mine. J'appris, après  de brèves présentations, que l'ancien mineur au visage marqué par ces cinquante années de travail ayant commencé à  l'âge de 8 ans en tant que « galibot » s'appelait Vincent, mais il m'avoua bien vite entre deux quintes intempestives, que bons nombres de personnes dans la région le surnommait Bonnemort, celui-ci ayant été trois fois rescapé d'accidents miniers qui auraient pu lui être fatals... J'étais persuadée d'avoir déjà lu ce nom quelque part...  Malgré sa gêne respiratoire, il me proposa de manière avenante de m'aider à récupérer  ma cousine fugitive, connaissant parfaitement le site. J'acceptais volontiers si sa connaissance des lieux pouvait me garantir de retrouver Anna avant que quelqu'un se rende compte de mon absence.

Nous partîmes vers la cour principale où était érigée la grande verrière des machines, riche aperçu technique de la compagnie, souvenir des beaux jours de l'exploitation durant plusieurs décennies où, à son essor, mille tonnes de charbon était extraites chaque jour. Un peu plus loin, nous longeâmes d'étonnantes collections géologiques, ethnologiques, suivant le parcours des « gueules noires », en pénétrant dans le vestiaire plus communément appelé « salle des pendus ». Je compris bien vite l'origine de ce nom en levant mes yeux un peu plus vers le plafond, ce dernier colonisé par des centaines de tenues de travail suspendues à des crochets. Bonnemort capta mon attention en m'expliquant le système de filin capable de descendre ou de remonter les habits des mineurs et ainsi de laisser les douches libres et propres un fois partis. Aucune trace cependant d'une petite touriste parisienne avide de lecture... Arrivée au niveau de la lampisterie, où les femmes se chargeaient de distribuer les lampes, les pas bruyants de ma classe se firent entendre. Craignant d'être reconnu, mon fidèle accompagnateur vissa promptement sur ma tête un casque d'un jaune criard mais qui me permit de me mélanger à l'effervescence du fourmillant flot de visiteurs aux têtes également recouvertes de la très saillante coque luisante en plastique chrome. Une chance que dans cet accoutrement, mes professeurs ne m'aient pas vue...

En marge d'une visite « classique », je découvrais au travers de Bonnemort, personnalité emblématique et attachante de l'exploitation du charbon, les joies, les peines, les luttes et les dangers encourus parfois mortels de tous ces forçats du travail ! Rampant péniblement, le corps lacéré dans un monde parallèle aux étouffantes particules, ils piochaient, drainaient, étayaient s'efforçant de suivre à la lueur tremblante de leur lampe les courbes capricieuses de la précieuse roche sédimentaire, redoutant le fameux et terrible coup de grisou. Toutefois, à mon grand regret, il n'y avait en surface aucun signe de ma fringante voyageuse clandestine... Mon guide me proposa néanmoins de me risquer à descendre dans les galeries de la mine, à la poussière jalouse et dévorante, ma cousine ayant dû réussir à s'infiltrer dans un groupe de visiteurs.

Devant l'ascenseur que Bonnemort nommait très simplement « cage de luxe », l'ancien haveur ne put aller plus loin, épuisé par son travail de nuit et sa nécrose pulmonaire, me laissant entre les mains de son fils Toussaint, travailleur consciencieux à la carrure imposante; personnage qui comme son père m'était familier... Avant de m'enfoncer dans les tréfonds charbonneux, je saluais une dernière fois Bonnemort, son sourire fragile disparaissant à la fermeture des portes froides de l'ascenseur. En plongée dans les entrailles de la terre, nous descendîmes à 480m de profondeur où une fois arrivés, la sainte patronne des mineures Ste Barbe nous accueillis, le silence rapidement brisé par les bruits infernaux  des marteaux-piqueurs et des monstrueuses machines à extraction. Tout en chiquant du tabac afin d'enlever la poussière de silice accumulée dans ses muqueuses, Toussaint m'ouvrait la voie, perçant l'enveloppe obscure de ce labyrinthe sous-terrain. Le contraste était saisissant entre la lumière sulfureuse du bassin minier se muant en glorieux témoin de la culture ouvrière et les ténèbres des galeries qui, bien qu'aménagées, n'effaçaient cependant pas l'inhospitalité foncière du milieu, avec laquelle les mineurs devaient composer en permanence. Je balayais du regard les moindres recoins de ces artères poussiéreuses, mais là encore, ma cousine était introuvable, insaisissable dans ce dédale de couloirs où l'eau suintait sans cesse, tandis que mon interlocuteur me soumettait quelques anecdotes sur ses 7 enfants. Toussaint prit la décision de m'emmener trouver sa femme à la cité jardin de la clochette où j'aurais très certainement plus de chance de rattraper mon évadée.

Je pus rejoindre à temps ma classe éreintée par une matinée de découverte, celle-ci s'apprêtant à remonter dans le car, heureuse de revoir la stature familière de leurs sièges  aux couleurs démodées.

Différente des corons, vaste alignement contiguë d'habitations sans charme, nous serpentions maintenant  les rues courbes, aux maisons égayées par des ornements architecturaux de la cité jardin de la Clochette. Je prenais conscience de la logique de formation du Bassin minier fondé sur le triptyque: « fosse-terril-cité » et j'observais, fascinée, cet héritage social, illustrant l'ampleur de la création patronale dans le domaine de l'habitat minier, combinant intentions de contrôle de la main-d'œuvre ainsi que d'urbanisme. En descendant, une femme devant s’approcher de la quarantaine vint m'extirper brusquement de la masse confuse et léthargique d'élèves ! Elle ne se présenta pas et je dû me résoudre tout au long de mes recherches à ses côtés à l'appeler la Maheude. Nous longions sans un bruit les maisons cossues abritant 2 à  4 logements, ces dernières entourées de jardin, rompant avec la monotonie des premières implantations des cités minières où se trouvait à l'arrière de chaque habitation un maigre potager, pénitencier des légumes attendant sagement leur mort. Les écoles, la coopérative d'achat, le dispensaire renforçaient la notion de paternalisme voulue par les compagnies dans le but de garder leurs ouvriers près de la mine et de vivre ainsi en totale autarcie. Plongée dans ce lieu symbolique des conditions ouvrières et de ses solidarités, je jetais parfois un bref coup d'œil au travers des grilles des squares bordés de pâquerettes, tâches de douceur sur les joues fraîches du gazon. J'avais toujours l'espoir d'apercevoir au hasard des rues fantaisistes la silhouette errante de ma cousine ou entendre sa voix claire et ses plaisanteries à tout va, mais seule une mouette, éclat de rire habillé de blanc, se moquant éperdument de la gravité, voltigeait dans le ciel embrasé.

La Maheude décida de pénétrer au sein de l'église Notre-Dame-des-Mineurs œuvre de Louis - Marie Cordonnier, pilier de l'identité de toutes les familles polonaises venues travailler dans le Nord-Pas-De-Calais. Nichée au cœur de la cité de la clochette, rythmant les temps forts de cette ville dans la ville. Anna s'était peut-être réfugiée dans ce lieu, le temps que je vienne la chercher... En poussant le portail  l'impressionnant plafond s'imposait majestueusement au-dessus de nous où, paradoxalement, l'imposante nef lumineuse rappelait le soutènement des galeries, appuyée par les points vermillon des vitraux de Notre-Dame, Sainte Eloi et Sainte Barbe, donnant l'étonnante illusion d'apercevoir, dans ce jeu de couleur spirituelle, les lampes des mineurs. Le lustre en bois peint couronnant les mosaïques de motifs géométriques m'évoquait les traditions d'art et d'artisanat populaires perpétrées dans les régions montagneuses de la Pologne et particulièrement dans la Podhale au pied des Tratas. Un peu plus loin j'aperçus une relique de Jean Paul II modestement exposée mais laissant imaginer par sa présence le lien très fort unifiant la cite de la Clochette à la Pologne. Néanmoins, pas un seul indice n’indiquait la présence de ma cousine au cœur de la paroisse franco - polonaise, où le curé se trouvait être le cousin de feu Karol Wojtyla ! Je commençais à m'inquiéter sur les chances qu'il me restait de revoir Anna, la journée touchant à sa fin...

Un homme à l'allure charismatique entra soudainement dans l'église, représentant mon ultime espoir. Il se présenta au nom d'Étienne Lantier et me souffla l'idée de me rendre sur l'un des 200 terrils du bassin minier fief de ces colosses silencieux. J'aurais sans aucun doute une meilleure vue et ainsi l'assurance d'apercevoir Anna quelque part dans cet écrin d'histoire. En compagnie d'Étienne ne cessant de me parler d'une certaine Catherine et d'organisation laborieuse de grèves, nous avancions vers l'une de ces silhouettes coniques, image minérale en relief jalonnant le pays plat de souvenirs de luttes sociales ayant contribuées aux acquis sociaux d'aujourd'hui. Sur la pente instable, nous grimpions difficilement la pyramide poussiéreuse, véritable paradoxe entre son apparence aride et sa véritable nature à la végétation arborescente et buissonnante. Une fois au sommet après une périlleuse escalade, je scrutais le paysage obnubilée par l'envie de revoir le frêle visage de ma cousine mais je ne vis que les contours aristocratiques de Douai et, abattue par tant de recherches infructueuses, j'en conclus qu'une promenade dans cette commune ne me ferait aucun mal... Le Nord-Pas-De-Calais ne se résumant pas à son patrimoine, aussi riche soit – il, toute une vie palpite dans la douceur de son intimité ! J'entrai dans l'enceinte de Douai avec Etienne mon aimable acolyte. Je trouvais un bonheur certain à découvrir ses maisons du 18eme siècle, à glisser un œil curieux dans l'ouverture des portes cochères, humant l'odeur moite de la pénombre de cette ville se livrant avec parcimonie aux plus persévérants.

Je m'arrêtai. Une gaufre charnue fourrée à la vergeoise à la main, ma cousine lisait paisiblement Germinal sur les marches du beffroi sans se douter une seule seconde de l'inquiétude que je me faisais ! Elle ferma posément l'ouvrage une fois terminé et me prit la main. Je voulu remercier Étienne, mais en me retournant, il ne restait plus aucune trace de lui... Étrange... Tout devint flou...

Je me réveillais.

Ma voisine, un sachet à la main de bonbons au chocolat appelés finement : « Terril de Germinal » me réveilla, m'avertissant de notre arrivée au centre historique minier de Lewarde, tout en me proposant gentiment une de ses sucreries. Tout cela n'était qu'un rêve... En retirant mécaniquement ma ceinture de sécurité, je vis mon sac bouger...

Pauline MARSAC
1ST2SB

 

 

Photos de Sophia JOMNI - Professeur