Les tribulations des élèves d’Ambition Sup Santé 2014-2015

Au cœur  de la ville des Lumières, plongez avec les élèves d'Ambition Supérieur Santé dans une aventure romanesque, mêlant suspense et découverte mystérieuse.

 

Un récit signé Pauline MARSARC-MOUGENOT - 1ST2SB

 

À ma sœur Charlotte

 

Partie 1 : L’ombre de Notre-Dame

La sonnerie annonçant de ses notes cuivrées la fin des cours retentit au cœur Carcado Saisseval. Comme un théâtre empli d’une foule fébrile témoignant d’une certaine excitation, le rideau se leva laissant place à un vaste tumulte, mêlant soupirs dispersés et discussions assourdissantes effaçant le contour d’une vague mélodie. Bientôt, bercée par les échos de ce furieux troupeau pressé de soulager son manque de nicotine, je sortis aux abords du lycée supportant tant bien que mal la nauséabonde fumée se rependant allégrement dans l’immense et fourmillant flot humain. Quelques minutes plus tard, treize élèves accompagnés de Madame Amestoy et Madame Lange notre conférencière me rejoignirent dans l’amas confus de fumeurs enivrés par cette orgueilleuse odeur. Dans une atmosphère détendue, nous partîmes, transperçant ce funeste nuage grisâtre à la fois incommodant et agressif. Sur le quai muré d’affiches publicitaires aux lumières blanchissantes, le métro, tel un serpent ondulant dans les artères de Paris, s’arrêta dans un long gémissement. Jouant des coudes, je réussis à monter avec mon groupe dans la rame où les passagers aux visages indifférents rêvaient tous intérieurement d’un siège à l’abri de cette agitation permanente. Déchirant les entrailles de la capitale, le reptile d’acier aux couleurs défraichies annonça son départ dans un sifflement strident. Déployant des trésors de contorsion, je parvins à atteindre un strapontin que je m’attribuais chichement. Toutefois, en voulant m’asseoir je trouvai, vulgairement abandonné, un quotidien d’information, je commençais alors à le feuilleter rapidement. Dans l’actualité, le président de la République avait rencontré des petits producteurs de fromage à pâte persillée du Jura, le SMIC allait connaître une augmentation fulgurante de 0,80€ et Kim Kardashian se séparait malheureusement de son 59e  compagnon après 2 semaines de vie de couple.

Soudain, au hasard des pages, je fis tomber sur le sol noir d’usure et poussiéreux un papier pâli, à l’écriture anglaise calligraphiée à la plume, donnant aux lettres une subtile volupté. Je commençais à lire, intriguée, ce texte aux pleins réguliers : « Biens des Hommes de tous les continents viendront contempler la vieille cathédrale, et croiront voir la puissance austère se lever devant eux comme l’ombre de la mort. Dans ces lignes pures, foulés par les peuples, Notre-Dame renferme en son choeur un redoutable secret… 48»

Désorientée face à ce texte à la formule hermétique, me plongeant dans un univers de doute et d’effroi, j’ignorais comment interpréter ce message aux éléments épars. L’imprécision de la menace la rendait encore plus redoutable et renforçait mon angoisse. De plus, que signifiait ce nombre? Nous approchions de notre destination et je m’interrogeais maintenant sur la décision à prendre. Répondre à l’invitation au voyage dans l’ombre de la ville des lumières et risquer de m’enfoncer là où mon esprit reste septique ou bien mettre fin à cette évasion imprudente en étouffant mes désirs d’aventure dans les tréfonds parisien ? Une voix enjouée interrompit mes pensées. Mme Amestoy, affichant un large sourire, me tendit énergiquement, sans avoir idée de ma troublante découverte, mon mystérieux texte et me dit d'une voix modulée : "N'oubliez pas votre papier Pauline, il serait regrettable de ne pas le prendre avec vous..."

Les portes automatiques s’ouvrirent violemment à la station « Cité », d’un pas déterminé je m’avançais vers la sortie, serrant entre mes mains moites l’étrange trouvaille. Dans le silence de ce souterrain vague, un étrange sentiment grandissait en moi, où une ombre gravement immobile, s'encrait peu à peu dans mes pensées. Comme si ce texte pouvait à la fois m'apporter, en me guidant dans un monde de clarté, une vérité espérée depuis longtemps, enfouie sous des enivrements vulgaires mais aussi, condamner mon destin, frappant avec insouciance mon esprit follement épris de variété de caprices, et ainsi m'emmener dans un univers obscur... Au coeur du Paris médiéval, nous avançions maintenant vers les grilles dorées du Palais de justice, supportant les écussons aux armes de France et s'ouvrant sur la vaste cour du Mai, voilée d'une fine nappe de brume automnale. Accostant le cadran aux chiffres romains taillés en relief sur la pierre de l'horloge de la tour carrée aux aiguilles en cuivre, deux resplendissantes statuettes nous faisaient face, faiblement éclairées par les rayons safran du soleil, se débattant parmi les épais nuages du ciel tourmenté. Quelques mètres plus loin rue de Harlay, l'imposante façade ouest du palais de justice, rythmée par des colonnes où se dégageaient des hautes verrières éclairant le grand hall des pas perdus s'élevait devant nous. Entrant avec le groupe au sein de ce sanctuaire des lois, une présence se faisait sentrir venant ainsi troubler l'harmonie de ce lieu dans lequel, magistrats, greffiers et secrétaires cheminaient à travers cette noire fourmilière d'avocats. La colère et le mépris de cette ombre mystique irritée, peignant un étrange désespoir, se heurtait contre les écrasantes portes d’ivoire séparant singulièrement ce monde invisible. Nous approchions de Notre-Dame et ces protestations langoureuses devenaient de plus en pesantes. Dressée élégamment depuis plus de 750 ans, la Sainte Chapelle dans l’hardiesse de son architecture gothique, révélant un admirable témoignage de la piété du Moyen-Âge, se dévoilait impassible face au temps et aux rudes chocs des éléments. Cependant, nous devions reprendre notre visite dans l’antique berceau de la capitale, en longeant paisiblement le quai des Orfèvres et s’arrêtant quelques instants à l’hôpital de l’Hôtel Dieu, où dans la solennité de ce lieu chargé d’histoire, les notes d’un piano d’ébène interprétant mélodieusement la sonate au clair de lune de Beethoven rayonnaient au cœur de la cour intérieur.

Au kilomètre zéro des routes parisiennes, la sobre grandeur de Notre-Dame de Paris, où fleurissaient des vitraux géminés, resplendissait. J’observais la façade harmonieuse, dotée de trois portails ornementés d’un fourmillement de personnages entourés dans les ébrasements. Les quatre contreforts jaillissaient jusqu’au sommet des tours et un peu plus bas les gargouilles, aux faces inquiétantes présidaient du haut des arcs boutant le communs des mortels hagards au pied de la cathédrale. Un peu plus loin la stryge dominante observait la seine au courant capricieux et cuivreux, où voguaient immuablement  les péniches sous un ciel taciturne. En pénétrant dans la nef, une douce lumière s’infiltrait tamisant ainsi les ogives gothiques. Au sein de cette richesse cléricale, la présence resurgit dans mon esprit, errant seule et laissant derrière une onde blême. Entrelaçant mes idées incertaines, l’ombre éprise d’une étrange tristesse alourdit mes pensées puis se brisa en mille apparences fugitives. Un devoir impérieux m’oppressait et sous l’emprise d’une force immense, je marchais désormais sans but précis vers le chœur, portée par une douce léthargie. Mon regard se posa finalement sur un second papier égaré sur une banquette, identique en tout point au premier trouvé quelques heures auparavant. Aussitôt après l’avoir pris, un bruit sourd bousculant les nerfs de fer de la cathédrale se fit entendre. L’ombre se souleva et  dans dernier râle se dissipa. Brusquement, je sentis une main froide s’agripper avec force à mon épaule ! Paniquée, je me retournais sentant mon cœur prendre le galop dans ma poitrine et je vis…

 

Partie 2 : La mélancolie des Invalides

Paniquée, je me retournai sentant mon cœur prendre le galop dans ma poitrine et je vis… Mme Amestoy, un sourire naissant sur son visage, contemplant suspendue à un imaginaire abstrait, les charmes immortels de ce livre de pierre racontant l’histoire Sainte. Dans l’obscure inquiétude assiégeant langoureusement la majestueuse cathédrale de calcaire blond, les cloches, essoufflées, s’évanouirent, tonnant une dernière fois dans leur chagrin une mélodie cristalline. Sans attache, je m’enfonçai au cœur de songes nébuleux, emplis d’une eau sombre et meurtrière, courtisant avec maladresse la nature luxuriante éprise d’une étrange paresse. À travers ce miroir flou, l’ombre qui hantait ce ruisseau furibond, se détachait peu à peu, rassemblant une forme humaine. Inondant le ciel à la chair ardente aux couleurs arbitraires, le cri pur et irrésolu de la silhouette androgyne, enveloppée d’un linceul baigné dans la fine lumière oisive de la lune moribonde aux reflets irisés, s’évapora dans l’horizon poussiéreux et d’éternel écume. Ramenée brutalement à la réalité par un groupe de congés payés aux shorts Hawaïens me bousculant et mettant fin à cette rencontre salutaire, je sortis sur le parvis où, dans l’ivresse d’une danse sacrée, un flot de feuilles aux robes rousses se mouvait au pied de la façade enchâssée au cœur d’un écrin de pierre. Dans l’attente du bus 92, le perpétuel assaut d’un vent hiémal fouettant les visages de la foule mercantile cohabitait dans la grandeur et la décadence de la capitale. Sous des airs harassés, un véritable bataillon, bardé de doudoune 94% polyester et 6% nylon, tentait, par des manœuvres d’agilités plus ou moins adroites, de s’engouffrer dans ce véhicule thermique de 12 mètres de long, lourdement armé de leurs derniers Smartphones 4G. Une fragile complicité apprivoisait les attouchements involontaires entre les voyageurs sculptés dans un marbre froid, épris d’une torpeur passagère, dans la promiscuité de cet espace dysharmonique, aux bourdonnements diurnes monocordes. Je le tenais, ce papier jaunâtre imprégné d’un svelte mystère, répandant des flots opaques, mêlant beauté trouble sertie d’humides paillettes cobalt, et amer frisson raboté, poli, verni. Le dépliant fébrilement, j’entamai la lecture de ce texte à l’écriture runique : « Dans l’aube blanchie, les hommes criblés de plomb trouveront en ce lieu d’accueil pour la souffrance une dernière espérance. Bientôt, les larmes pieuses s’inclineront sous la tristesse des Invalides, en proie à la mélancolie des conquêtes infinies, le passé dévoilera ainsi une dangereuse force désunie… 49 26N»

Perdue dans ces lignes, où les mots erraient dans l’onde solitaire de l’incompréhension, déversant une vague dévastatrice de questions, j’étais entièrement submergée par ce courant envoutant de la curiosité, côtoyant dangereusement le récif de l’imprudence. Le bus s’arrêta à la station Invalides Vauban, je commençai alors une dure négociation, pour traverser cette masse indolente, ternie par des caprices monotones. Dans le vaste ciel d’acier bleu à la chair mystique, le soleil guidait tel un calme berger, ses célestes moutons satinés à l’instinct grégaire, en transhumance dans l’horizon aux chemins cotonneux. Bientôt, traversant les âges, le corps monumental à l’architecture prestigieuse des Invalides, couronné d’une éblouissante coupole dorée et cerné par une vaste esplanade à l’aspect militaire, se dressait devant notre petit groupe. Nous avancions dans ce cadre d’exception à l’agencement symétrique rigoureux et aux ornements soigneux présentant diverses allégories et vertus royales. Le dôme impérial surmonté d’un obélisque effilé et d’une croix, dignement éclairé par les rayons ambrés du soleil tombant peu à peu en pâmoison, affichait un ensemble de courbes volutes. Pénétrant dans l’église royale, au jeu de colonnes alignées et superposées survivantes des attaques du temps, sous l’œil attentif de Chronos, la silhouette dans un long monologue réapparu, sortant des eaux noires et profondes, prisonnière d’un univers d’argent domptant les lourds sanglots des unions lamentables et tendres. Un enthousiasme innocent éclairait le fond de mes pensées, ébranlées par colère de ce fantôme, dessinant, dans un épais brouillard ellipsoïdal, nappant un azur indécis, un aiglon, planeur diurne aux serres puissantes. Emblème  de l’hôtel national des Invalides, le tombeau du stratège mort à Sainte-Hélène, façonné dans des blocs de quartzite rouge et reposant silencieusement depuis 154 ans sur un socle de granit vert des Vosges, se tenait au centre d’une galerie circulaire, exposant en dix bas-reliefs les réalisations directrices du règne encore aujourd’hui ancrées pour certaines dans notre société.

Au cœur de cette immense excavation, une foule de curieux avides de connaissance, attirés face au discours éloquent de Mme Lange relatant l’histoire aux travers des siècles de cet Empereur, singulier génie ayant réuni les gloires d’autrefois. Malheureusement, le temps jouant contre nous, nous dûmes partir, longeant le tombeau de Turenne ainsi que le monument funéraire de Vauban. L’étrange silhouette revint, brisant de son armure de nacre et de rubis ce subtile voile d’airain, désirant partir de ce monde aux lueurs d’un soleil blanc et terne. Peignant avec détachement l’image préraphaélite d’une beauté insensible à sa détresse, engloutie par une eau inerte parsemée en ses contours de couleurs chatoyantes, et froissant avec volupté les traits de l’ennui, se fondant dans les teintes bleutées des brumes. Nous déambulions maintenant au sein du département des Deux Guerres mondiales, nous offrant dans la richesse de sa collection, un traitement complet de l’histoire à travers le texte, le son et l’image. Un agglomérat frémissant de visiteurs, tel une armée flottante dans un calme triangulaire, se concentrait dans ces pièces étroites, brusquant mon cœur d’une générosité empathique. Pareil à un privilège, l’historial de Charles de Gaulle, espace d’archives fixes et animées, se dévoilait devant nous, chroniquant les actions du président fondateur de la Vème République.

Soudain à 16h57, aux détours d’une salle, un balai impromptu se mit en place et une dizaine d’hommes employés par la fonction publique, atteints d’un flegme indéniable invitaient les derniers visiteurs récalcitrants à se diriger vers la sortie, se  ruant ainsi sur leurs victimes férues d’histoire Dans cette agitation éphémère, un gardien me tendit un papier similaire aux deux autres et me dit d’une voix rocailleuse:« Vous n’auriez jamais dû commencer… »

 

Partie 3 : Le murmure de l'opéra Garnier

"Vous n'auriez jamais dû commencer".
Ces quelques mots à l'impérieuse et impersonnelle netteté, s'engouffrèrent dans mon conduit auditif externe sinueux, frappant dans un souffle sauvage mon tympan à l'écorce fragile, dispersant furieusement ce message à la forme incisive dans mon esprit ; mine inépuisable et inaccessible d'idées nerveuses, cristallisées par l'aquilon, au ramage céladon. La phrase, heurtait dans une allégresse inouïe, la couverture d'améthyste lymphatique, émoussée de part et d'autre d'artifice pourpre, longeant ces galeries rocailleuses, aux lueurs sourdes, plaquées d'émaux. La menace, à l'hautain fracas, pénétra la silhouette endormie, balayant sur sa chaire tannée d'encens tiède, un sifflement sec, allongeant au cœur du zéphyr étouffé, des accents poivrés. Sur les parois façonnées de souvenirs vibrants, les mots du gardien des Invalides se répandaient, tel un venin insolent dans l'eau sonore, où reposaient les lignes vaporeuses de la mystérieuse humaine, ébranlée par l'attaque du poison, jaillissant impétueusement dans sa cavalcade vermeille. Les rigoles d'hématies, à l'alliage nutritif, âpre transport, engorgées de la toxine capiteuse, ruisselaient, bâillonnées sur la route infatigable, aux cloisons élastiques. Ses contours ébréchés, la silhouette féminine d'une voix gutturale, fit résonner au travers de sa singulière prison nuancée d'ombres, un long cri douloureux, étranglé par la cuirasse tranchante, poudrée d'argent du blizzard, emportant avec lui, l'intime plainte dans une errance austère.

Un frisson monochrome, acteur coutumier d'un carrousel atone, vint soupirant, épouser mon épiderme, dans cette vaste salle d'exposition, où les gardiens reconduisaient vers la sortie, l'essaim paresseux de visiteurs, dispersant dans leur foulée, une union approximative de ton majeur, et mineur, s'alignant au cœur d'une musique aux accords analogues à des bourdonnements, enchevêtrés dans un tourbillon de mots égoïstes. La crispation éphémère s'éparpilla sur ma peau à la carnation rosée, insufflant sur l'enveloppe diaphane une pulsation mordante jusqu'aux phalanges, agrippant fermement le papier fatigué, que le gardien m'avait transmis. Semblable à un noble vélin, je me souciai quelques instants de l'écriture à l'encre sympathiquement sirupeuse, à la sève nourrissante de sureau, où la plume se déliait, suivant la valse impromptue de l'alizé, gravant ainsi avec une certaine légèreté le papier de notes voluptes. J'entamai dès lors la lecture de ces phrases confinées au sein d'un épais mystère.

"Témoin du Second Empire, le chef d'œuvre sous l’exubérance de sa façade éclectique, éveillera les muses de l'opéra lyrique, et divertira dans la splendeur, les plus fervents admirateurs de spectacles, enrichis par la grandeur du plafond aux vives couleurs. Mais dans l'engouement général, l'insouciance enchaîne une profonde déchirure et la force aux ailes pures se révélera dans un long murmure... 2°16' "  

Au fond du souterrain aux allées délayant une ample poussière onirique, encore agitée par le hurlement épars de la silhouette prisonnière dans l'asymétrie des tunnels rocheux,   celle-ci désireuse de briser ces chaînes primitives, se souleva avec force tel l'Eurus sibyllin. La lecture de ces mots avait saisi l'apparente tranquillité de cet être quasi félin, en la poussant dans une rafale d'insubordination, exhalant une colère, foisonnant dans un dialecte hachuré, les irrégularités des couloirs, blessés par cette révolte bruyante. Pris à partie par les gardiens affublés d'un état d'esprit apathique, il nous fallait partir des Invalides, en direction du 9eme arrondissement. Sortant du tumulte métropolitain, le pattern harmonieux de l'opéra Garnier se dégageait de l'imposante avenue, assaillie d'une cavalerie aqueuse hystérique, terminant leur course sourde sur l'insipide asphalte, tristement chassée de leurs frégates albâtres, aux humeurs changeantes, qui, dans une douce mélancolie, s'abandonnaient divagantes, au cœur du mistral délirant. Tout en négociant une parcelle de parapluie, la façade de pierre, qu'un artiste peintre aurait composé avec une extrême habileté, nuançant une myriade de marbre, afin de chasser de son œuvre, les lignes dures, aux colorations grises, défigurant la physionomie de l'architecture, s'offrait à nous. L'écho turbulent de la silhouette s'entrechoqua entre les sept arcades à plein cintre percé dans le soubassement de la façade où dans l'éclatante blancheur du marbre de l'étage, les colonnes d'ordre corinthien, ressortaient, rompant avec l'horizontalité des lignes. Bientôt, l'être au corps grandi outre mesure à la face humaine se dressait, affectant dans une vibrante mécanique à son dos semé de vertèbres, des ailes, berçant une nuée de révolte, voilée dans une brume au calme polygone. Elle desserrait ses chaînes, souhaitant atteindre la vaste toile bleue pommelée, où les oiseaux nomades s'égrainaient sur la soie brodée de points cotonneux, suivant les fluctuations de l'air vulgaire, fredonnant un douceâtre prélude. Face à l'urbanisme Haussmannien, aux voies larges et aérées, drapées d'un brouillard insapide, l'étrange humaine dans la clameur du vent, frôla de manière désordonnée la double colonnade de pierre étroite, aux chapiteaux de bronze qui encadraient la baie des loggias, ornées de bustes de compositeur. Vainement enrouée, les cheveux échevelés, elle cherchait au sein de cette juxtaposition rigoureuse un point de fuite, ceinturée entre les immeubles d'inspiration néoclassique, pour finalement, s'échouer, suffocante,  sur l'Apollon élevant sa lyre d'or, dénuée d'orientation au cœur de cet espace à la géographie mesquine. Abandonnée par l'hurle, l'étrange figure ailée, tel un rapace céleste, se délaissa de ses fines gouttelettes parasitant la voilure de son plumage. Elle remua dans l'ouragan zébré de complaintes fuyantes, l'horizon sans limite de ses larmes sphériques, vernis d'un trouble opaque, s'épanouissant dans l'atmosphère parisienne tapissée d'une accablante léthargie. De plus en plus oppressés sous cette rébellion minérale, nous nous dépêchâmes de rentrer dans ce monument, couronné d'un dôme vert-de-gris, où siégeaient deux ruches, éprises d'une languissante nostalgie d'un fin soleil printanier, perdue dans le gigantesque décor hivernal irrésigné, laissant les courageuses ouvrières aux robes de velours jaune alliées d'un noir profond, dans un lourd ennui, pressées de retourner à leurs démences naïves.

En pénétrant au sein de l'exubérance de ce monument mondain du 19ème siècle, mêlant une habile harmonie de baroque et de faste éclectique, un moment d'accalmie se produit, allégeant la chimère émue, le visage négligé par sa défaite précédente, d'une sensation de perfides regrets, modelant sa puissance craquelée au travers de la rotonde des abonnés. Le vestibule circulaire domestiquait l'exaltation féroce tourbillonnante autour de la minutieuse mosaïque de marbre italien, cherchant dans les formes inorganiques de la voûte ornée d'arabesques à la lumineuse rosace, une dissonance biseautée par les ombres séductrices des 16 majestueuses colonnes cannelées en marbre rouge de Sampans. Puis, le notus imprudent, empressa dans une loquacité perçante la créature aux ailes immaculées, traînant ses chaînes dans des parallèles inquiétantes, vers la prêtresse d'Apollon, engageant sur ses plis de bronze ambiguës à la gravité lyrique, une dimension métaphysique tempérant la destinée des hommes. La silhouette féminine désormais docile, effleura dans un chant opalin tressautant, la salamandre changeante, facétieux amphibien, gagnant le grand escalier à double révolution, laissant le lips sculpter la  rampe d'onyx. Un vent tranquille, serpentait les discussions, pétrissant les mots encrés dans une polychromie omniprésente entre les colonnes, des balcons ventrus.  Elle arrivait aux abords de la salle de spectacle vêtue royalement d'une fourrure rouge et or, aux sièges à la soie de Lyon, où les rares poussières s'entrelaçaient, rythmées par une cadence dévorante, appréhendée par la structure métallique de ce palais des songes, source insondable d'étranges plaintes... D'une voix séraphique, la singulière silhouette guida des intonations concentriques de moins en moins distinctes, parmi les teintes acides et fraîches du plafond de Marc Chagall, œuvre visionnaire  à l'armature de plastique, d'un spectacle chatoyant sans fin, supportant en son centre la magnificence astrale à l'abondant cristal. Affaiblie, elle suivait maintenant une force fantomatique jusqu'à la loge n°5, éparpillant les faibles tintements aérien à l'émail fissuré dans le grand foyer, miroir de la galerie des glaces à Versailles, chérissant une splendeur mêlant dorures et tentures de soie. Les vertiges de la silhouette s'intensifiaient et cantonnée au sein de sa cage tremblante aux barreaux courbés, les chemins fantasmagoriques se creusaient. Le timbre presque effacé de sa voix, ses ailes atrophiées devenues inégales, ayant des battements décroissants, cognaient durement les parois rétrécies de mon imagination, révélant un ultime murmure... Dans cette agonie, nous dûmes partir, longeant la prestigieuse bibliothèque regorgeant d'innombrables secrets sur les opéras ballets.

Nous fîmes une courte pause à l'enseigne emblématique des galeries Lafayette, et dans un moment de répit, une vendeuse fardée de manière outrancière, m'interpella: "Mademoiselle,  je crois que vous avez fait  tomber ce papier..."

Je le pris, quelque peu décontenancée par cette brusque apparition. Soudain, la silhouette pourtant si affaiblie, se redressa, et, imprégnée d'une force volcanique destructrice, se projeta contre la coupole de verre, seul obstacle réel à sa liberté. Nous approchions de la fin...

 

Partie 4 : Le chant du Panthéon

Nous approchions de la fin…

Une déflagration. Tout frémit dans cette vaste prison à l’intérieur de moi-même, où Morphée déchu, s’égraine dans l’orage erratique. Un feu grégeois, dans une irascible énergie, s’abat sur le lac placide d’argent.  Le nuage d’éther, mordu par l’éphémère, s’évapore dans les vapeurs phosphoriques, et ma silhouette ayant désormais pris forme humaine, est soumise à une torsion exagérée, presque reptilienne dans sa cage chancelante de tendre diamant dilatés, aux reflets métalliques ! Dans les émanations barbares d’absinthe, le chemin pittoresque d’émeraude, proliférant de racines marbré, se fendille sous la chaleur d’un poignard indomptable, dans l’effeuillement mordoré des heures sonores ! La nymphe ouvre sa bouche, retenue par l’inclémente capsaïcine, enivrée par le tapage provocateur de la salamandre légendaire.  Dans le feu macrocosmique, le prisme de sable aux arrêtes sans âge, s’effrite dans la foudre apocalyptique, suivant l’onde enflammée du tambour incandescent, faisant virevolter dans l’air écarlate, des étincelles d’onyx, aux ombres incalcinables. Dans cette véritable fournaise animale, l’éclair au bec d’acier, fracture le noyau ardent du météore de l’aube exalté, sous la clameur enflammée des trompettes guerrières. Vulcain attise le magma fantasmagorique, et les corolles de feu que plus rien ne restreint. La pyramide sablonneuse s’écoule, tels les sanglots hydropiques d’un ruisseau, érodant la roche bouillonnante des galeries souterraines rayonnantes, imbu de rubis, et de larmes lourdes d’encens, de musc et de caroube. Dans le jaillissement d’un feu frénétique explosé par un miroitement kaléidoscopique pour former des tons rouge-orangé, les formes se traversent, s’interpénètrent, dans un enveloppement de couleurs incendiaires sur un rythme syncopé. Les nerfs d’un violon pleurent à vive voix, l’écharde traverse le brouillard carbonisé de hiéroglyphes dynamiques. Une alchimie enjôleuse de parfum impalpable s’imprime, dans un long manège corrompu, et au fond, les éléments s’assemblent ! L’humaine énamourée par l’azur, dans un vol de plaintif d’Icare, frotte les pierres calcinées de ses ailes errantes, balayant les cendres félines, pour rejoindre l’espace irradié de lumière ! Sa chair roussie s’allège, elle babille quelques mots, fixe furieusement le feu fauve de ses yeux verts véhéments, et traverse la cicatrice éclatante, à la recherche d’un point de fuite stérile, tentant l’évasion en bravant les impétueuses flammes aux variations chromatiques, élancées valseuses, crépitantes dans le foyer lumineux. Tout repère dimensionnel a disparu dans les soutènements nébuleux ! 

Un battement de cil étouffe l’incendie, et me fait soudainement sortir de ma torpeur passagère.  Je me penche un instant sur l’enchaînement des lettres soyeuses, aux pigments de carbone, dispersés sur le noble papier cotonneux que vient de me remettre la vendeuse excentrique. Un sentiment étrangement solennel m’anime. Je commence à lire : « À l’intérieur du sanctuaire, la crypte enfante les cendres sédentaires des Grands Hommes mis en bière dans leur berceau rectangulaire. Ils observent à travers l’éternité le flot impulsif de vie, à chaque fois recommencé dans l’harmonie de la voix des hymnes. Mais dans l’enceinte du Temple civique, la menace autarcique plane au-dessus des piliers doriques, et le feu folâtre danse dangereusement dans l’âtre… 12E »

Entre la sève sucrée ésotérique sommeillant sur le majestueux vélin, j’entendis le bruissement des ailes éperdues et légères puis le cri strident de l’humaine, éclatant ses prunelles, à la suite de la lecture de ces phrases combustibles. Son esprit capricieux, agité d’un mal implacable, brisa l’opercule de soufre qui rongeait ses plumes pures, et monta dans l’horizon, telle une floraison aspirant à une miraculeuse aurore. L’orchestre sonore, dans un grand sillon de flamme, brula furieusement le delta d’airain sanglant, avant de s’évanouir en poudre d’or… Une puissance suprême et odieuse retenait l’humaine dans ce gouffre amer et mouvant ! Que signifiait ce désordre infernal ? Tout se bousculait dans mes pensées ! Nous devions cependant avancer, et quitter l’effervescence des Galeries Lafayette pour atteindre le quartier des Lettres. Sous un large manteau bleu, au masque disparate incertain, nous fumes comprimés dans l’enveloppe folklorique de la ville, forcés de marcher en cadence dans cet amas crédule de mortels, comme assommés par les flèches ardentes de Phébus.

Arrivé au 10 Place du Panthéon, un bâtiment compact, se dressa devant notre groupe. Sa façade était sobre et, sur sa longueur, était gravé des noms d’illustre auteurs, ainsi que des savants.  Nous entrâmes dans le grand vestibule où un escalier, accès à la connaissance, situé à l’opposé de l’entrée, nous permis de découvrir au premier étage la salle de lecture, tapissée d’un nombre incalculable de livres, ces derniers baignant dans une douce lumière vespérale. Je sentais le corps paralytique, aux blessures ouvertes de ma prisonnière désinvolte, cogner les parois de son alcôve, pareille à l’assaut assourdissant d’une timbale battant une confuse musique, dans les galeries échauffées de mon esprit. L’écho de son soupir vindicatif condamné, grandissait de plus en plus ! 

Sur la montagne St Geneviève, accolé à l’église Saint-Etienne du Mont et au lycée Henri IV, le Panthéon, mariant la magnificence de l’architecture grecque et gothique avec ses colonnes corinthiennes, trônait du haut de ses 83 mètres sur la capitale. Nous avancions impressionnés dans le fourmillement de visiteurs, où la sphère d’or imperturbable de Foucault, réglait minutieusement l’agitation ambiante. Nos pas résonnaient sur le sol de marbre, avant de descendre dans les profondeurs de l’édifice, afin de contempler les personnalités inhumées de la patrie. Voltaire faisait face à Jean-Jacques-Rousseau, Louis Braille côtoyait Émile Zola, Jean Moulin, Victor Hugo fréquentait Victor Schœlcher, René Cassin, Jean Monnet et la seule femme entre tous ces grands hommes : Marie Curie. Soudain les lignes confuses s’assemblent au pôle de l’infini mystique ! Je reprends précipitamment les quatre précieux papiers découverts au fil des visites et, en les superposant, les chiffres orphelins, pourtant si énigmatiques s’alignent… Des coordonnées géographiques ! Les portes dormantes s’ouvrent dans un spasme pénétrant. Un appel d’air me fait frémir, je serre les poings, j’essuie la moiteur de mon front, des vertiges irrésistibles m’agitent, mon cœur ivre se perd dans une joie sans borne.

48°49’26“N 2°16’12“E

Une explosion ! Le volcan au manteau écarlate entre en éruption, déclenchant une avalanche impitoyable de débris fumeux, sifflant dans l’azur massif ! Seigneur à la splendeur sauvage, un nouveau visage émerge, faisant fondre les glaciers éternellement silencieux dans leur enfer polaire, et éclater les furoncles gonflés de miasmes impurs. Il ne reste plus que des illusions de stalagmite enflammé et de banquise embrasée ! Des gerbes carmin scoriacé s’éparpillent, embrasant les chrysalides de mes pensées, et les tunnels de pierreries pulvérisés par la lave ne refroidissant jamais, dans ce désert poreux. Sous un climat de flamme épileptique, le rugissement de la fanfare de galènes se tord dans le fuligineux fouillis ! La sylphide famélique se lève dans un dernier effort salutaire, et dans une gestuelle chatoyante, en osmose avec le ciel savamment constellé d’étoiles poussiéreuses bleuâtre, l’être pénètre au cœur d’une métempsychose, se défaisant de la froide majesté de son linceul immolé, étoffe vacillante retombant dans le Styx ! Elle sort de la faille béante de la montagne furibonde, vivant flambeau, emmitouflée dans un lange de brume ambré, chantant le réveil de son âme, au milieu des teintes matinales d’un jour nouveau, sa membrane vitelline à peine enlevée. À travers la fumerolle, sa danse revit, pareil au phénix antique renaissant de ses cendres. De ses ailes désormais devenues robustes, elle s’élève vers l’immense horizon, pour apaiser le feu grommelant, et s’épanche au firmament, teignant de mille feux diamantés mon esprit en me révélant son secret : « Celui qui ne sait rien est plus proche de la vérité que celui qui prétend savoir »

 

Pauline MARSAC MOUGENOT - 1er ST2S B